Debrief : un texte qui parle de viol c’est pas vendeur, chériiiiie

C’est toujours un moment particulier de rejoindre des personnes que l’on connaît après avoir jouer. On cherche toujours au fond de leurs yeux si leurs compliments sont vraiment sincères. Je ne suis ni modeste ni faussement modeste. Cependant , le fait de se connaitre fausse toujours  la critique quelle soit positive ou négative.

Je rejoins donc mes invités qui me félicitent. Et  les professionnels présent , décident de me recontacter le lendemain pour en parler plus calmement. Moi , je prends un verre de vin blanc , je m’assoie et je profite de ce moment . Le moment de détente après le travail accompli. Bien entendu , je sais bien qu’il y a des critiques, des choses qui fonctionnent et d’autres moins, mais peu importe car j’ai travaillé et j’ai bien travaillé (je vous l’avais dit , je ne suis pas modeste), et cela rend mon petit verre de vin  blanc encore plus délicieux. Je rentre à pied à la maison, je suis sereine. Je me couche , je m’évanouie de fatigue.

 

Le lendemains j ai  M.X au téléphone , le metteur en scène, on fait un petit débrief: on discute du texte, de la mise en espace, de la prochaine étape, des retours. Mais moi j’ai envie de pleurer. Pourquoi?  Je suis tout simplement fatiguée. Je me retiens , je ne vais pas chialer au téléphone, le mettre mal à l’aise. Je me retiens.   

Comme convenu, les coups de téléphone avec les professionnels se succèdent pendant deux, trois jours. Je trouve que c’est un des moments les plus difficiles dans la vie artistique : entendre les différents sons de cloche et ne pas s’y perdre. Ce n’est pas la première fois que j’y suis confrontée (http://ma-vie-est-un-spectacle-ou-presque.com/lesjoiesdelacritique/)  mais je trouve ce moment toujours aussi difficile . Il faut les écouter, tous, et ensuite faire le tri.  Il faut aussi savoir reconnaître la critique constructive de la critique destructrice, la critique bienveillante et celle faussement bienveillante. Quelques exemples:

« ce texte est poignant, touchant, c’est un vrai coup de poing »

« il faut réecrire 80 pour cent du texte  »

« j’ai pas compris tout de suite le lien entre les trois chaises sur la scène»

« quelle bonne idée ces trois chaises »

« Il faudrait un peu plus de légèreté »

« Certaines phrases sont d’une grande poésie , légère, qu’est ce que c’est beau! »

.« Tu es certaine  du choix du metteur en scène ? »

« Tu es vraiment entre de bonnes mains »

J’ai la tête qui tourne….. hoooooo…. mais ça me fait sourire. Et oui, c’est le propre de l’art, chacun voit ce qu’il veut. 🙂

 Je me laisse quelques jours pour  trier et  décider avec Mr X de la suite. 

Mais je voudrai revenir sur un point . Sur une critique, une discussion qui m’a choqué et mise hors de moi.  Le texte , parle des femmes et plus particulièrement des violences physiques et morales qu’elles subissent. Il traite aussi d’autres sujets comme la laideur ou l’éducation sexuelle sur un fond de burlesque et de romanesque. 

Certains professionnels m’ont dit:

 » Intéressant !  mais pas très vendeur! »  En somme , c’est pas commercial . « Vous comprenez, les gens ont envie de rire . Ça leur fait peur un sujet pareil».  Mais qui vous as dit ça ? Et c’est qui c’est « gens »? Mais je suis certaine que si on leur propose aussi des spectacles avec des thèmes forts comme celui-ci , les gens vont y aller. 

J’ai juste envie d’hurler !

« Oui, cela ce sent que c’est un thème qui te touche ». Mais bordel, cela touche tout le monde ! L’éducation , la sexualité, la violence, l’amour, la laideur, le viol ça touche tout le monde et dans TOUS les pays ? Alors quoi ? J’arrête parce que ce n’est pas vendeur ? On n’en parle pas ? Ta fille se fait violer, mais il ne faut pas en parler ?  »  Ta femme a peur dans la rue et il faut rien dire.

« C’est très intéressant comme sujet mais Attention à ne pas tomber dans la caricature du féminisme » Je vous le dis , à ce moment là j’ai failli commettre un meurtre! Ça c’est la meilleure! Dire que  les femmes ont souvent peur dans la rue c’est être caricatura!?  Et bien alors je le revendique, oui je fais de la caricature et j’en suis fière. Et j’arrêterai quand il n’y aura plus de femmes tuer sous les coups de leur conjoints,c’est pas demain la veille!  Sous prétexte que’on vit dans un pays où on peux travailler et coucher avec qui on veux(merci, c’est trop d’honneur), on doit fermer sa gueule? Et surtout le public ne doit pas entendre ces choses là parce qu’ils … doivent rire ! C’est ça ? Je suis furieuse! 

M.X me dit«Je interdit de produire  toute seule , tu vas t’épuiser , te casser la gueule ». Mais je fais quoi alors ? Je laisse tomber?  Mais si nous, on en parle pas , qui va le faire? La scène est l’un des seul espace de liberté on on peut parler , rire, dénoncer…

C’est surtout encore utile!

Je suis triste,  «  je veux me cacher , je veux que la douce terre me protège dans ses entrailles de mère ».

Après plusieurs jours de réflexions, on décide de ne pas faire Avignon cette année et une deuxième lecture s’impose de plus en plus. J’ai pas dit mon dernier mot, baby ! 😉

 

 

 

 

Dans les épisodes précédents : 

 

Organisation d’une lecture professionelle

Le jour de la lecture, des ronflements dans la salle!

2 thoughts on “Debrief : un texte qui parle de viol c’est pas vendeur, chériiiiie

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